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"La petite aime le cinéma. Elle aime quand ils s’embrassent et aussi quand c’est triste. Elle pleure pour de vrai. Elle aime beaucoup pleurer. Ça lui fait un peu comme quand elle caresse le chat gris aux yeux jaunes, celui qui a toujours peur qu’on le batte. Si elle réussit à le coincer sous l’escalier, elle enfonce ses doigts dans la fourrure et lui, il tremble. C’est chaud et triste, et aussi excitant."
Émotion d’Oriane (feutre vert): il y a quelque chose de moi en cette petite fille. Elle me rappelle l’enfant si sensuelle que je pense avoir été, toujours ai bord de la découverte de quelque chose qui l’attirait et qu’elle ne comprenait pas et que, plus tard, elle saura désigner sous le terme d’érotisme.
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"Les chiens s’asseyent de chaque côté de moi ; babines retroussées, langues pendantes, ils me regardent. […]
… l’homme désigne mon ventre, et les deux loups se jettent sur mon sexe. Mon dos se crispent quand les langues m’atteignent. Je retiens le cri qui a déjà roulé dans ma gorge. Ils ne vont pas me dévorer — pas encore. Il faut durer. Il faut gagner une minute. Déjà, il ne s’agit plus de lutter contre la peur, mais contre l’abominable tentation que fait naître l’attouchement des langues le long de l’aine, au pourtour de mes bourses, le long de mon phallus. De la nuque aux talons, je résiste. Je bande ma volonté pour ne pas bander, mais la longueur de leur langue donne aux chiens un avantage horrible: jamais bouche n’eût sur moi pareil pouvoir."
Émotion d Oriane (feutre rouge): les chiens, les chiens et le sexe… proximité, familiarité, attirance et répulsion, tout le sexe est là. Je sais qu’une de mes amies — que bien entendu je ne nommerai pas — utilisait son doberman pour la consoler de ses déboires avec les hommes. Mais je ne connais pas d’hommes qui… aurait-il plus de pudeur?
Note de l’auteur : dans mon récit Mon sexe et moi…, des femmes, peut-être des amies d’Oriane rapportent leurs relations sexuelles avec leurs chiens. S’agirait-il de fantasmes ?
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la vie est dure bien sûr mais je dois vivre encaisser beaucoup, beaucoup, beaucoup de coups encore sans doute il fera nuit un temps : l'aube viendra
pourquoi vouloir que je vous suive en laissant mes armes désolé, ne me demandez pas ça !
je sais, il n'y a plus personne à qui me confier je sais, les jours se lèvent et s'achèvent sans rien apporter je sais parfois trouver le bon chemin, et parfois je m'égare
trébuchant, dois-je pour autant, cesser d'avancer à tâtons ? désolé, ne me demandez pas ça !
mes regards fixent un monde au-delà des étoiles devant mes yeux un cœur, un livre, une fleur, l'instant si longtemps attendu n'est plus loin
vous tous prisonniers des ténèbres, n'essayez pas en vain de m'effrayer désolé, ne me demandez pas ça ! Attestation d'Oriane (encre rose): la poésie m'est souvent indispensable qui transmet mieux que le roman l'immédiateté, l'indicible, la fugacité, la fragilité d'un sentiment, d'une impression ou d'une intuition. Ce poème d'un poète Dalit correspond ainsi à quelque chose de très profond en moi.
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"Nous marchions en silence. Jamais je ne m'étais sentie si heureuse de vivre.
Les oiseaux chantaient, la mer chantait et mon âme aussi chantait. Il me semblait respirer la vie dans les senteurs des bois, dans les parfums de la mer. À l'horizon, le soleil baissait. Nous nous assîmes sur les rochers pour le regarder coucher. Je n'oublierai jamais ce tableau: devant nous, le Saint-Laurent si beau sous sa parure de feu; au loin, les montagnes bleues; partout une splendeur enflammée sur ce paysage enchanteur. Francis regardait enthousiasmé, mais son noble visage s'assombrit tout à coup.
—Pourquoi faut-il que les beaux jours finissent, me dit-il tristement."
Émotion d’Oriane (encre bleue) : nous marchions aussi en silence, en Normandie, au bord de la mer, j’avais dix-sept ans, il en avait vingt trois, il tenait ma main gauche dans sa main droite dont la chaleur me transmettait une confiance absolue. Je savais que c’était lui, que ce serait l’amour de ma vie. Il ne s’appelait pas Francis, vous vous en doutez mais un prénom est un épiphénomène…
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"Aujourd’hui je n’ai rien de particulier à noter. Je vais essayer d’écrire quelques pensées qui me tourmentent l’esprit. Je ne sais s’il en est de même pour tous ceux qui deviennent vieux mais il n’est pas un jour où je ne pense à ma mort.
A la vérité ce n’est pas une chose nouvelle pour moi.
J’y pense depuis l’âge de vingt ou trente ans, mais maintenant plus que jamais. Deux ou trois fois par jour je me dis : «C’est peut-être aujourd’hui que je mourrai.»"
Émotion d’Oriane (encre violette, peut-être à la plume Parker) : j’ai TOUJOURS pensé à la mort… Est-ce la disparition très prématurée de mon père dans un accident de chasse, le suicide d’un de mes flirts durant mon adolescence, le métier militaire de mon mari, nos résidences dans des lieux d’insécurité absolue, l’atmosphère de complot lors de son retour ou tout simplement une inquiétude naturelle d’enfant solitaire ?… La mort est pour moi une vieille confidente et je ne la crains pas. Je la ressens plutôt comme une présence nécessaire, presque amicale, un dernier recours… Mon amie (mon amant ?) la mort !…
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"En face de lui un écran, un autre à gauche, puis à droite, et encore un autre derrière lui. Il peut voir tous les écrans à la fois d’un point situé au-dessus de sa tête. Plus tard, Audrey écrivit ceci : «Les séquences présentées et la manière de les présenter varient à partir d’un motif fondamental.»" Émotion d’Oriane (crayon de couleur jaune) : est-ce le passage qui a inspiré le décor de La disparition du Général Proust à Marc Hodges ? L’écran, la fenêtre, un thème obsessionnel : le dedans et le dehors… la transparence. Par les écrans nous sommes présents partout dans le monde et celui-ci s’impose à nous faisant de toute image un fragment d’une vaste fiction en élaboration permanente.
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"Elle s’écarta d’un pas et, sur la robe blanche, son ombre éteignit les feux du rubis. Arsène rougit, honteux des paroles qui venaient de lui échapper. La Vouivre ne parut pas lui en avoir tenu rigueur. Lorsqu’elle eut séché son corps, elle lui demanda son nom et où il habitait. Elle parlait d’une voix jeune et sonore, enrichie par l’accent jurassien aux voyelles largement ouvertes, claires comme un pain blanc où les consonnes mordent avec décision. Il dut faire effort pour surmonter une espèce de timidité rétive qui lui était inhabituelle." Émotion d’Oriane (crayon de couleur bleu) : je n’arrive pas à voir ce qui fait la particularité de tel ou tel extrait de littérature, il me semble que la plupart des fragments sont interchangeables. Je verrai bien ce texte dans Albertine n'a pas disparu, par exemple, ce serait assez facile à placer…
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